Accréditation des écoles de sages-femmes en Afrique

Lettre d'information santématernelle.pro
Extrait du numéro de Novembre 2016

L’atteinte de l’objectif du développement durable numéro 3 exige une accélération dans l’élimination des mortalités et morbidités maternelles et périnatales (mortalité maternelle, morti-mortalité et mortalité néonatale), par la mise en œuvre de stratégies efficaces et pérennes. Cette accélération passe en particulier par l’amélioration de la qualité des soins de santé de la reproduction/santé maternelle et néonatale, soins devant être disponibles, accessibles, acceptable et de qualité [1], qui doivent aussi être intégrés et centrés sur la personne [2]. Un des facteurs déterminants de la qualité des soins est bien sur la qualité de l’enseignement des professionnels de santé. Il est maintenant démontré que les sages-femmes, de par leur capacité, lorsqu’elles sont bien formées et soutenues, à délivrer 87% des interventions essentielles pour la santé maternelle et néonatale[3], sont au cœur de ces stratégies. Mais la recherche nous montre aussi que l’éducation est le domaine le plus faible des piliers du renforcement des soins de sage-femme[4].

La qualité de l’enseignement délivré dans les écoles de sages-femmes, leur formation théorique et clinique, est un facteur clé pour obtenir des soins de maïeutique de qualité. Une série d’études de la qualité de la formation des écoles de sages-femmes a été conduite dans plusieurs pays africains de l’ouest avec le soutien du Fonds français Muskoka, qui ont permis de mettre en évidence les failles les plus importantes de l’enseignement, avec bien sûr des variations selon les pays : manque de formation des formateurs et des encadreurs de stage clinique, manque de formateurs et encadreurs, manque d’équipements des écoles (laboratoires de formation pratique, équipements pédagogiques), retards au passage à la formation basée sur les compétences et curriculum incomplets ou obsolètes et inadéquation des capacités de formation par rapport aux besoins et capacités de recrutement dans la fonction publique. Dans le même temps des transformations importantes sont à l’œuvre dans le domaine de l’enseignement, avec en particulier le passage au système LMD[5], un changement de tutelle des écoles qui passent sous celle des ministères de l’enseignement supérieur, et une irruption du secteur privé, en général de manière non régulée.

Il est apparu que l’accompagnement des pays et de leurs écoles de sages-femmes dans ce contexte pour une évolution indispensable et complexe rendait nécessaire un cadre et des standards de référence, afin de pouvoir mesurer un degré de qualité et identifier les progrès faits ou à réaliser pour atteindre ces standards.

Nous souhaitons partager avec vous les expériences en cours dans les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest afin de contribuer au passage à l'échelle du suivi des formations paramédicales pour renforcer la disponibilité des compétences nécessaires à la réduction de la mortalité maternelle et périnatale.

L’accréditation est, par définition, « une reconnaissance par un organisme tiers de la compétence d’un organisme dans un domaine donné, qui s’appuie sur un référentiel normatif définissant des exigences en termes de compétence technique et de mise en œuvre d'un système de management»[6]. En matière d’enseignement l’accréditation est un processus de revue externe permettant d’examiner les institutions d’enseignement et les programmes d’enseignement pour une assurance qualité et une amélioration de cette qualité.

Par ailleurs, les pays sont encouragés à développer leur mécanisme national d’accréditation des Ecoles de formation des professionnels de santé[7] et l’OMS soutient plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre dans la mise en place d’un mécanisme d’accréditation de leurs Ecoles de sages-femmes[8].

Le mécanisme d’accréditation des écoles, tel que recommandé, a plusieurs caractéristiques, même s’il doit toujours être adapté aux contextes locaux. L’analyse doit se référer à des standards reconnus, internationaux ou nationaux. Par exemple, en ce qui concerne les programmes d’enseignement, la référence internationale est celle établie par la Confédération internationale des Sages-femmes (ICM)[9], adoptée en particulier par l’OMS et l’OOAS. Cette dernière organisation a établi une liste de critères d’accréditation des Ecoles de sages-femmes[10]. Par ailleurs, le mécanisme d’accréditation devrait comprendre une auto-évaluation de la qualité de l’enseignement, conduite par l’école elle-même, selon des critères prédéfinis et adaptés. Cette phase est importante car elle implique un investissement fort des équipes, dans une philosophie d’autocritique positive et constructive, riche en enseignements et en mobilisation d’énergies pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement dans toutes ses composantes. Elle doit être complétée par une évaluation externe, un audit, conduit par des spécialistes, travaillant sur une grille de critères similaires, qui pourra dans certains cas valider et/ou approfondir les auto-analyses. Les organismes conduisant les audits, reconnus et mandatés par le ministère de l’enseignement supérieur ou le ministère de la santé, suivant le type de tutelle existante, doivent être indépendants, même si ils suivent une méthodologie approuvée au préalable. Cette méthodologie, ce processus d’accréditation des établissements, s’applique au secteur public comme au secteur privé. Il est aussi recommandé d’établir un Comité national pour l’accréditation des écoles de sage-femme[11] qui est en charge de commanditer les audits, d’en vérifier le bon déroulement, d’en recevoir les rapports et de suivre la mise en œuvre des recommandations proposées et validées.

En effet une auto-analyse ou un audit sont tournés vers l’action, car le but est bien de renforcer la qualité de l’enseignement, théorique et pratique, suivi par les élèves durant les trois années de leur cursus. Le rapport d’accréditation donne des scores pour chaque composante de l’audit (locaux, équipements, programmes, enseignants, encadreurs, lieux de stage clinique, sélection des élèves, évaluation des élèves, diplômes, et … philosophie[12]), identifie les lacunes, établi des recommandations devant permettre d’atteindre le niveau standard requis dans chaque domaine. Les établissements recevant des scores totaux très bas, inférieurs à 50%, peuvent faire l’objet d’une suspension ou même d’une fermeture. Ceux qui recueillent des scores meilleurs reçoivent des recommandations à appliquer dans des délais précis, avant un nouvel audit. Le mécanisme national d’accréditation des Ecoles de sages-femmes reflète donc la volonté du ministère de tutelle de renforcer de manière durable les capacités des écoles, publiques comme privées, et de prendre donc les décisions qui s’imposent sur la base de rapports objectifs.

Mais l’accréditation peut aussi porter sur les compétences des professionnels de santé eux-mêmes. Il s’agit alors de mécanismes de re-certification individuelle, basés sur un accès pour tous les professionnels de santé à une formation continue effective. La création d’un tel mécanisme, déjà en place dans de nombreux pays, est aussi recommandée par l’OMS[13]. Là encore, la volonté des décideurs sera déterminante pour permettre cette avancée.


Luc de Bernis
Santé de la reproduction - santé maternelle et néonatale
lucdebernis1@gmail.com

Notes

[1] L’Etat de la Pratique Sage-femme dans le monde, 2014 [SoWMy 2014] http://www.unfpa.org/fr/node/9331

[2] OMS.

[3] Idem référence 1

[4] http://www.icsintegrare.org/wp-content/uploads/2016/01/15-679-ICM-Gap-Analysis-Poster-copy.pdf

[5] Licence, Master, Doctorat

[6] Wikipedia: Accréditation. Nov. 2016

[7] WHO. Global strategy on Human resources for Health: Workforce 2030. 2016. ISBN 978 92 4 151113 1. Paragraphe 30, Page 19

[8] OMS/RHS, Département des Ressources humaines pour la Santé. http://www.who.int/hrh/about/fr/

[9] ICM. Normes globales 2010 de formation des sages-femmes, révision 2013. http://internationalmidwives.org/global/francais/formation-les-normes.html

[10] OOAS : Organisation Ouest Africaine de la Santé. http://www.wahooas.org/

[11] Ce Comité peut avoir un mandat plus large : formation des paramédicaux, Ecoles de santé, etc.

[12] “Gender-based discrimination, violence and harassment during training, recruitment/ employment and in the workplace should be eliminated.” WHO, idem reference 8

[13] WHO. Idem référence 8

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