Mécanisme d'accréditation des écoles de sages-femmes au Mali

Lettre d'information santématernelle.pro
Extrait du numéro de Novembre 2016

Le Mali, classé 160ème sur 169 pays par l’Index de Développement Humain (IDH, 2010), est un pays de 17.6 million d’habitants (2015[1]) à forte croissance démographique (taux de fécondité 6.5, population estimée en 2030 26.0 million, 75% d’augmentation) qui connait des taux de mortalité maternelle et néonatale parmi les plus élevés du monde (RMM 587/100.000 naissances vivantes (2015), TMN : 55/1000 naissances) et des progrès lents dans ces domaines. Le pays doit prendre soins de 17 million d’accouchements entre 2012 et 2030[2]. Selon le Rapport sur la Pratique de Sage-femme dans le Monde 2014, la couverture en soins de SF au Mali (après avoir rapporté le nombre de professionnels exerçant des soins de santé maternelle et néonatale en plein temps) est de seulement 30%, avec 686 sages-femmes et 130 gynéco-obstétriciens. Sans renforcement important des politiques en cours pour les adapter à la courbe démographique, cette couverture sera de 27% en 2030! Les questions de la formation des sages-femmes et de la qualité de cette formation sont donc capitales pour la santé du pays.

Le Mali a adopté en 2012 (révisé en 2014) un curriculum d’éducation des sages-femmes (SF) basé sur les compétences (ICM-OMS[3]), comme recommandé par l’OOAS[4]. Le pays possède un Institut de formation public, l’Institut national de formation en Sciences de la Santé (INFSS) basé à Bamako. Cet Institut national a quatre annexes localisées à Segou, Mopti, Sikasso et Kayes. Le pays a aussi de nombreuses écoles privées, plus d’une vingtaine, non régulées. Les autorisations d’ouverture de ces écoles privées sont données par le Ministère de l’Enseignement supérieur (MES) après avis du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique (MSHP).  Les représentants des écoles privées réclament un cadre légal, bien que toutes ne semblent pas prêtes à un contrôle de leur formation.

Le recrutement des agents de santé par l’état se fait par concours national pour les candidats venant du public comme du privé. Mais, cependant, les écoles privées peuvent délivrer des attestations qui permettent à celles qui n’ont pas réussi le concours d’être embauchées comme sage-femme par des CSCOM ou d’autres formations sanitaires.

En 2016, les recrutements par le MSHP n’ont concerné que 20 sages-femmes, ce qui est très en dessous des besoins estimés à plusieurs centaines de sages-femmes. De plus, les budgets disponibles entrainent que les services cherchent à recruter plutôt des infirmières obstétriciennes que des SF, dont le niveau de salaire est supérieur, ce qui a pour effet de réduire très sensiblement les compétences disponibles pour les soins de la mère et de l’enfant.

Le système Licence, Maîtrise et Doctorat (LMD) est en vigueur au Mali. L’INFSS est passé récemment sous tutelle du MES et le Conseil d’administration est présidé par le MSHP. La filière SF donne lieu en trois années post-baccalauréat à l’obtention d’une Licence. Cinq enseignements de Maîtrise sont en place après la licence: trois transversaux  - Santé publique ; Pédagogie ; et Gestion, plus deux spécialisés : Nutrition et Santé de la Reproduction. Les étudiants étrangers peuvent se présenter à l’enseignement de niveau licence et maîtrise.

Une évaluation de la formation des sages-femmes a été menée dans 4 écoles publiques et 4 écoles privées de Novembre 2014 à Janvier 2015 (MSHP, OMS, UNFPA, Fonds français Muskoka). Présentée lors d’un  atelier tenu en avril 2016, cette étude a permis de développer un plan d’action pour le renforcement de l’enseignement dans les Ecoles de SF. Une des recommandations issue de cet atelier était la mise en place un mécanisme national d’Accréditation des Ecoles de formation de sages-femmes. Cette question a fait l’objet d’un atelier qui s’est tenu en Juin 2016 sous l’égide de la Direction des Ressources humaines du MSHP, avec le soutien de l’OMS. Un plan de travail a été développé.

Le Mali possède déjà une Agence nationale d’évaluation des hôpitaux. Par ailleurs, une Commission nationale d’accréditation des Ecoles de formation en Santé est déjà en place. Des réseaux pour l’excellence en enseignement supérieur sont en cours de développement. Un certain nombre de procédures (codage des copies, notation) ont été harmonisées en tenant compte des recommandations de l’OOAS. Des textes sur l’assurance qualité dans l’enseignement supérieur sont sur le bureau du Premier ministre.

La contrainte financière forte sur le budget de l’état laisse cependant augurer une amélioration en 2017 puisqu’il est prévu un doublement du budget alloué au recrutement des professionnels  de santé par la fonction publique. Le travail sur la qualité des services doit se renforcer et la Commission nationale devrait pouvoir promouvoir une auto-évaluation des Ecoles de formation des sages-femmes, sur la base des critères de l’OOAS adaptés, première étape avant une évaluation externe indépendante de ces mêmes écoles. La volonté politique exprimée par les autorités est de bon augure pour espérer un bon leadership, l’application de certaines décisions déjà prises et la mise en œuvre de celles qui doivent être prises pour assurer la qualité de la formation des professionnels de santé, une question fondamentale pour la santé des populations, spécialement les femmes et les enfants. L’Accréditation des écoles de sages-femmes ne pourra être effective qu’à ce prix. Enfin, l’appui de l’OMS et de UNFPA au travers du Fonds français Muskoka[5], et de la Banque Mondiale/UNFPA au travers du Projet SWEDD[6], sont des opportunités précieuses pour la mise en place du mécanisme national d’accréditation des écoles de sages-femmes au Mali.

Dr. Idrissa Cissé
Directeur des ressources humaines,
Ministère de la Santé et de l'Hygiène publique,
République du Mali

Luc de Bernis
Santé de la reproduction - santé maternelle et néonatale
lucdebernis1
@gmail.com

Notes

[1] https://esa.un.org/unpd/wpp/Download/Standard/Population/

[2] Etat de la Pratique de sage-femme dans le Monde [SoWMy 2014], page 134.
https://www.unfpa.org/sites/default/files/pub-pdf/FRENCH_SOWMY2014_complete.pdf

[4] OOAS : Organisation Ouest Africaine de Santé, pour les pays de la CEDEAO. http://www.wahooas.org/

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